Démystifier les mythes : Les types d’ensemencement

Démystifier les mythes : Les types d’ensemencement

Quand vient le temps de parler d’ensemencement de poissons, les opinions peuvent être partagées. Généralement, le pêcheur, qui est en nous, considère l’ensemencement comme un apport supplémentaire à l’offre de pêche, une mise en valeur d’un plan d’eau. Le biologiste, lui, y verra plutôt un moyen de conservation des espèces, un support à l’aspect biologique et écologique d’un écosystème. Voici un court article qui vous détaillera les types d’ensemencement qui existent et leurs objectifs et buts.

On distingue deux grands types d’ensemencement. Les ensemencements de conservation ont pour but le repeuplement d’un milieu aquatique et les ensemencements de mise en valeur ont pour objectif d’augmenter l’offre et la qualité de pêche d’un plan d’eau.

Les ensemencements de conservation :

Ce type d’ensemencement est principalement assuré par les instances gouvernementales (ministère) et para-gouvernementales (Aire Faunique Communautaire)

Selon le Ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs du Québec : « Ils visent à repeupler un milieu aquatique dans lequel une population de poisson a été gravement bouleversée par une perturbation, une détérioration ou une destruction de son habitat, une surexploitation de la pêche, le déversement de produits toxiques ou l’introduction d’espèces compétitrices ou prédatrices. »

Pour le bon fonctionnement de ce type d’ensemencement, il est donc important que la cause du bouleversement soit bien identifiée et que les mesures correctives nécessaires soient apportées afin de remédier et corriger la situation. Alors, seulement, l’ensemencement de conservation peut être appliqué.

Il existe 3 modes d’ensemencement de conservation :

  • L’ensemencement de sauvegarde qui a pour but d’empêcher la disparation d’une espèce ou d’une population de poisson. Il s’applique notamment lorsque le nombre de reproducteurs est rendu trop faible pour subvenir d’eux-mêmes au rétablissement de la population. Exemple : les ensemencements de chevaliers cuivrés dans la rivière Richelieu.

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  • L’ensemencement de repeuplement a pour objectif de rétablir une population dans un laps de temps spécifique afin de revenir au niveau d’individu présent dans la population avant le bouleversement et qui permettait le maintien de la population sans apport extérieur. Exemple : L’ensemencement de truites grises d’une génétique particulière et spécifique d’un plan d’eau.
  • L’ensemencement de réintroduction a le même but que l’ensemencement de repeuplement sauf que la population originelle n’existe plus mais sa niche écologique est encore disponible. Le but final reste également que la population se maintienne sans apport extérieur. Exemple : les ensemencements de bar rayés dans le fleuve Saint Laurent.

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Les ensemencements de mise en valeur :

Ce type d’ensemencement est principalement utilisé par les organismes de gestion locaux tels que les clubs et associations de pêche, les pourvoiries, les zones d’exploitation contrôlée (ZEC), etc..

Il existe 4 modes d’ensemencement de mise en valeur :

  • L’ensemencement d’introduction sert à l’établissement d’une espèce qui, historiquement, n’a jamais été présente dans un plan d’eau. Exemple : l’ensemencement de truites brunes, truites arc-en-ciel ou encore d’omble moulac.
  • L’ensemencement de soutien vise à augmenter ou maintenir une population viable mais dont l’habitat déficient ou la pression de pêche trop importante limite son développement et/ou son maintien à un niveau suffisant pour offrir une qualité de pêche sportive acceptable. Exemple : les ensemencements de ouananiches au lac Memphrémagog.

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  • L’ensemencement de dépôt-retrait sert uniquement à satisfaire une offre de pêche sportive à court terme afin d’offrir, dans un laps de temps donné, aux pêcheurs la possibilité de prélever des poissons de taille intéressante pour la consommation. Le plan d’eau dans lequel est effectué cet ensemencement ne permet pas forcement d’assurer la survie et la croissance de l’espèce ensemencée. Exemple : les ensemencements effectués pour la Fête de la pêche dans certains petits plans d’eau.

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  • L’ensemencement de dépôt-croissance-retrait sert à proposer une activité de pêche sportive à moyen terme. Les poissons ensemencés peuvent vivre, se développer et croître dans le plan d’eau avant d’être prélevés par les pêcheurs pour la consommation. Exemple : les ensemencements effectués par la majorité des associations et clubs de pêche.

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Ainsi, comme vous pouvez le constater, il existe tout de même une multitude de possibilité d’ensemencement. J’espère que cet article vous permettra de mieux comprendre certains ensemencements effectués et leur but avéré. J’espère aussi que cet article pourra aider les gestionnaires de milieu aquatique dans leurs décisions d’ensemencement en fonction de l’espèce, le plan d’eau (l’habitat) et l’objectif de l’ensemencement.

Si, à la lecture de cet article, certaines questions demeurent en suspens, n’hésitez pas à me contacter, il me fera plaisir de vous renseigner dans la mesure de mes connaissances.

Aussi, il existe deux documents publiés par le MFFP qui traitent plus en profondeur des ensemencements, des risques qu’ils comportent et des étapes préalables à l’ensemencement. Ces deux documents sont des aides précieuses à la prise de décision :
http://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/peche/ensemencement/pdf/outils-aide/info-generale.pdf

https://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/peche/ensemencement/pdf/lignes-directrices-ensemencements.pdf

Bruno Mayot
Lomechuse guide de pêche aux salmonidés
Lac Memphrémagog (été et hiver)
Rivières du lac Ontario (printemps et automne)
info@lomechuse.com
819-209-5633
http://www.lomechuse.com

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Démystifier les mythes : Les principaux salmonidés et leur origine (Partie 1)

Démystifier les mythes : Les principaux salmonidés et leur origine (Partie 1)

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Les salmonidés sont une famille d’espèces de poissons que l’on retrouve dans l’hémisphère nord. Les espèces sont principalement réparties entre les deux océans opposés : atlantique et pacifique.

Au Québec, on peut pêcher de nombreuses espèces de salmonidés. Certaines espèces sont indigènes, d’autres sont des espèces introduites. Lorsque ces espèces introduites sont bien établies et que la population se reproduit naturellement, on dit que l’espèce est naturalisée ou acclimatée.

Tout d’abord parmi la famille des salmonidés, il faut distinguer 3 genres différents :

– Les corégones (genre Coregonus)

– Les ombles (genre Salvelinus)

– Les saumons (genre Salmo pour les espèces de l’océan atlantique et le genre Onchorhynchus pour les espèces de l’océan pacifique).

N.B. : le terme de truite est un nom vernaculaire qui permet de désigner plusieurs espèces mais il n’existe pas réellement de genre pour la truite (l’ensemble des espèces appelées truites sont, en fait, des saumons ou des ombles).

Les noms populaires des espèces de salmonidés sont souvent confondants. Par exemple, l’espèce indigène du Québec appelée truite mouchetée n’est pas une truite, c’est, en fait, un omble.

Pour ne pas se tromper, il suffit d’utiliser le nom latin des espèces. Si on continue de prendre l’exemple de la truite mouchetée, son nom latin est Salvelinus fontinalis (omble de fontaine). Le nom latin des espèces est divisé comme suit : le premier mot représente son genre (ici, Salvelinus, correspond au genre des ombles) et le second précise son espèce (ici, fontinalis, indique donc qu’il s’agit d’un omble de fontaine).

Pour essayer d’être simple et concis, je vais traiter une par une les principales espèces de salmonidés que l’on retrouve au Québec ainsi que leurs grandes caractéristiques (migratrices ou sédentaires, types d’habitat).

– Les corégones regroupent deux espèces bien connues et indigènes au Québec : le grand corégone et le cisco de lac.

Le grand corégone (Coregonus clupeaformis) est une espèce d’eau douce majoritairement (espèce dulcicole). Cependant, certaines populations qui sont proches de l’océan sont également anadromes.

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Le cisco de lac (Coregonus artedi) est une espèce dulcicole qui affectionne particulièrement les lacs profond d’eau claire (en Estrie, on retrouve une belle population de cisco de lac dans le lac Massawippi).

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– Les ombles totalisent trois espèces connues et indigènes au Québec : l’omble de fontaine, le touladi et l’omble chevalier

L’omble de fontaine ou truite mouchetée (Salvelinus fontinalis) est une espèce d’eau douce qui affectionne plutôt les cours d’eau ou les lacs de tête à eau claire, froide et oxygénée. Sa faible résilience à la compétition interspécifique la cantonne souvent dans des habitats comportant peu d’espèces de poisson. Certaines populations (comme au Saguenay, par exemple) sont anadromes, elles sont alors appelées communément truite de mer.

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Le Touladi ou truite grise (Salvelinus namaycush) est une espèce d’eau douce qui se retrouve principalement dans les lacs profonds et froids. Cependant, dans le nord du Québec, il existe des populations que l’on retrouve en rivière. C’est une espèce strictement dulcicole à faible migration. Les frayères du Touladi se retrouvent généralement directement dans le lac.

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L’omble chevalier ou truite rouge ou omble arctique (Salvelinus alpinus) est une espèce exclusivement anadrome dont l’aire de répartition est majoritairement confinée aux zones arctiques et subarctiques. Cependant, il existe plusieurs populations dans des lacs profonds et froids plus au sud du Québec. Ce sont des populations résiduelles issues des populations anadromes qui se sont retrouvées emprisonnées dans les lacs lors du retrait des glaciers, il y a environ 12 000 ans.

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Attention, c’est là que ça se complique, on passe au genre saumon!!! À suivre dans la partie 2 !!!!

Écrit par :

Bruno Mayot
Lomechuse guide de pêche aux salmonidés
Lac Memphrémagog (été – hiver)
Rivières du lac Ontario (automne – printemps)
819-209-5633
www.lomechuse.com
info@lomechuse.com