Démystifier les mythes : la couleur d’un leurre

vision poisson

Pourquoi les grandes étendues d’eau (mer, océan, grands lacs) sont-ils de couleur bleu ou de variante de bleu à vert ? Pourtant, lorsqu’on met un peu de cette eau dans un verre transparent, cette eau ne semble avoir aucune couleur à nos yeux…..

C’est une question de perception visuelle du spectre lumineux. Le spectre de la lumière représente l’ensemble des rayonnements des ondes monochromatiques de la lumière. Une partie du spectre est de l’ordre du visible et une autre partie de l’ordre de l’invisible à l’œil humain. Le spectre s’étend de l’infrarouge à l’ultraviolet, les deux sont invisibles à l’œil nu. Cependant, entre ces deux extrêmes, on retrouve toute la gamme de couleur visible.

spectre lumineux

 

spectre lumineux

Bon, tout ça c’est bien mais ça ne répond pas directement à la question initiale. Pourquoi les grandes étendues d’eau nous apparaissent de couleur bleu ? Et bien, c’est simplement que la couleur d’eau perçue correspond, en fait, à la dernière longueur d’onde absorbée par l’eau. Parce que les grandes ondes (rouge) sont absorbées ou bloquées plus rapidement par l’eau que les ondes courtes (bleu), alors la perception des couleurs se trouve changée et altéré au fur et à mesure que l’on descend en profondeur dans l’eau. Ainsi, l’eau nous apparait bleue car toutes les autres couleurs sont absorbées par l’eau au fur et à mesure que l’on descend en profondeur. La dernière couleur absorbée par l’eau (et qui est donc réfléchie par l’eau) est donc la couleur que nous percevons quand nous observons une étendue d’eau.

Donc, on peut en déduire que la dernière couleur visible dans l’eau, plus on descend en profondeur, est le bleu. Ceci explique pourquoi la couleur préférentielle pour pêcher les poissons en profondeur est le bleu. En fait, c’est un peu plus compliqué que cela. Comme les couleurs sont associées à un spectre d’onde, un leurre de couleur jaune, par exemple, apparaitra jaune au poisson en faible profondeur. Mais, au fur et à mesure que l’on descendra en profondeur dans l’eau et que le spectre de la lumière sera absorbé ou bloqué par l’eau, alors votre leurre perdra graduellement sa couleur jusqu’à devenir invisible. Voici un schéma, tiré d’un article intéressant en anglais sur la couleur des leurres justement, qui explique simplement le concept :

couleur leurre
Tiré de : http://www.fix.com/blog/view-from-below-lures-underwater/

De plus, certaines étendues d’eau peuvent avoir des propriétés différentes d’absorption du spectre lumineux en fonction des particules fines et solubles présentes dans l’eau. Ce sont ces particules fines et solubles qui influencent la couleur de l’eau : eau brouillée en période de crue des eaux, eau teintée, etc… Dans ce cas, ce n’est plus tellement la couleur du leurre qui compte mais les effets de contrastes. Comme on dit souvent, temps clair, leurre clair et temps sombre, leurre sombre !!! Ainsi, dans une eau fortement teintée ou brouillée, on ne peut lutter avec un leurre vraiment lumineux, il vaut mieux jouer sur les contrastes et proposer un leurre plus sombre que la turbidité de l’eau.

Si on revient à des eaux « normales » (sans turbidité), un moyen simple d’éviter de voir votre leurre disparaitre au fur et à mesure que vous le descendez en profondeur, c’est d’utiliser des leurres phosphorescents (Glow in the dark). Ces leurres ont la possibilité d’accumuler les ondes lumineuses et de les relâcher en situation de faible luminosité ou de noirceur totale. Je ne m’étendrai pas sur le phénomène physique que cela implique. Pour ceux que cela intéresse, je vous réfèrerai à Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Luminescence

Ainsi, selon moi, il n’y a pas vraiment de couleur de leurre préférentielle pour tel ou tel espèce de poisson. La couleur du leurre sera à choisir en fonction de plusieurs facteurs tels que les conditions météorologiques du moment, la turbidité de l’eau et la couche d’eau que vous voulez exploiter.

Pour les personnes qui ne craignent pas de lire la langue de Shakespeare, je vous invite à compléter cet article avec la lecture de celui-ci : http://www.fix.com/blog/view-from-below-lures-underwater/

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me contacter, il me fera plaisir de tenter de vous répondre dans la mesure de mes connaissances et expériences.

Écrit par :

Bruno Mayot
Lomechuse guide de pêche aux salmonidés
Lac Memphrémagog (été – hiver)
Rivières du lac Ontario (automne – printemps)
819-209-5633
www.lomechuse.com
info@lomechuse.com

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Démystifier les mythes : Les principaux salmonidés et leur origine (Partie 2)

brune2

Si vous vous souvenez, la première partie de l’article traitait des deux autres genres de salmonidés : les corégones et les ombles. Également, si vous avez bien lu l’article précédent, vous devez vous souvenir que le terme de truite est un terme générique vernaculaire qui est utilisé dans un sens très large mais que ce terme ne fait référence, en fait, à aucun genre de la famille des salmonidés.

Nous voici donc maintenant au cœur du problème : les espèces du genre saumon (Salmo pour les espèces de la côte atlantique et Onchorhynchus pour les espèces de la côte pacifique). C’est principalement dans ce genre que bon nombre d’informations fausses ou erronées sont véhiculées.

– Les saumons comptent 1 espèce indigène au Québec et principalement 4 espèces introduites (dont certaines populations sont maintenant considérées naturalisées) : Le saumon atlantique (et sa sous-espèce : la ouananiche), la truite arc-en-ciel, la truite brune, le saumon chinook et le saumon coho.

Le saumon atlantique (Salmo salar) est une espèce anadrome.Lors du retrait des glaciers, il y a environ 12 000 ans, certaines populations se sont retrouvées confinées en eau douce et sont donc devenues exclusivement dulcicoles, ce sont les ouananiches. Cependant, elles continuent d’effectuer une migration, mais celle-ci est de type potamodrome (exclusivement en eau douce). Elles migrent vers les rivières pour frayer et vers les grands lacs d’eau douce pour manger et se développer jusqu’à maturité sexuelle.

ouananiche

La truite arc-en-ciel (Onchorhynchus mykiss) est une espèce introduite au Québec depuis au moins 1 siècle. Au Québec, elle est maintenant considérée comme une espèce exotique envahissante qui serait une des causes de la chute des populations de saumon atlantique en Gaspésie et sur la Côte Nord (ceci pourrait faire l’objet d’un prochain article…). La truite arc-en-ciel est originaire de la côte pacifique où on y retrouve des populations sédentaires et des populations migratrices de type anadrome. Les individus des populations anadromes sont nommés steelhead (tête d’acier) du à leur coloration argentée particulière et leur forme oblongue et fusiforme.

steelhead

De nombreuses populations de truite arc-en-ciel sont maintenant considérées acclimatées au Québec. Certaines de ses populations naturalisées sont considérées comme des populations de steelhead car elles effectuent leur migration entre les grands lacs d’eau douce et leurs tributaires. Ainsi, les populations du lac Ontario, du lac Champlain et du lac Memphrémagog sont des versions potamodromes de la steelhead. Selon les études génétiques menées, ce sont majoritairement ces populations qui utilisent le corridor du fleuve Saint-Laurent pour coloniser les rivières à saumon atlantique de la Gaspésie et de la Côte Nord. L Les individus issus de ces populations sont très agressifs, bien adaptés, ultra compétiteurs et aptes à survivre dans des eaux aux températures plus chaudes.

La truite brune (Salmo trutta) est une espèce introduite au Québec. Elle est originaire d’Europe où on y retrouve principalement trois souches. La truite fario (Salmo trutta fario) est la souche sédentaire que l’on retrouve en rivière. La truite de mer (Salmo trutta trutta), est la souche anadrome dont les individus migrent en mer pour se nourrir avant de revenir en rivière pour se reproduire. Enfin, la truite de lac (Salmo trutta lacustris) est la souche potamodrome qui se nourrit en lac et se reproduit en rivière. Je ne saurai dire quelle(s) souche(s) spécifique(s) fut introduite(s) au Québec. Cependant, c’est une espèce considérée comme acclimatée dans des nombreuses rivières et plans d’eau. Elle peut tolérer des températures d’eau élevées. C’est un poisson territorial et majoritairement solitaire.

brune

Le saumon chinook ou King Salmon (Onchorhynchus tshawytscha) est une espèce anadrome originaire de la côte pacifique. Elle a été introduite sur la côte atlantique et notamment au lac Ontario où elle est considérée acclimatée. Ces populations de saumon chinook issues du lac Ontario sont des populations qui se sont adaptées relativement facilement à leur nouvel environnement et qui maintenant effectuent une migration de type potamodrome entre le lac Ontario et ses affluents. Cependant, de part sa nature migratrice, c’est une espèce exploratrice et colonisatrice. À chaque année, plusieurs individus sont pris par des pêcheurs dans le corridor du fleuve Saint-Laurent. Ce sont majoritairement des individus issus des populations introduites dans le lac Ontario.

chinook

Le saumon coho ou saumon argenté (Onchorhynchus kisutch) est une espèce anadrome originaire de la côte pacifique. Comme le saumon chinook, elle a été introduite également au lac Ontario où elle est considérée naturalisée. Les populations acclimatées de saumon coho du lac Ontario effectuent maintenant une migration de type potamodrome entre le lac Ontario et ses affluents, cependant, plusieurs individus s’égarent et se retrouvent également dans le corridor fluvial du Saint-Laurent. D’un point de vue de pêcheur (et d’un point de vue personnel), le saumon coho est le combattant ultime au bout d’une ligne à pêche. Le combat donné par cette espèce est unique et regroupe la puissance, la fougue et l’acrobatie tout en contrôle. Bref, selon moi, ce que j’appelle le meilleur des deux mondes qui combine, à la fois, la puissance et la folie d’un poisson de mer avec l’agilité et le contrôle d’un poisson d’eau douce.

coho

Voilà, de façon synthétique et succincte, cela fait le tour des principales espèces de salmonidés que l’on peut retrouver sur la côte est de l’Amérique du Nord et au Québec. J’espère que vous aurez eu plaisir à lire cet article et qu’il vous permettra de mieux différencier les espèces de salmonidés.

Sinon, n’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions plus spécifiques ou des incertitudes au sujet des ces espèces.

 

Écrit par :

Bruno Mayot
Lomechuse guide de pêche aux salmonidés
Lac Memphrémagog (été – hiver)
Rivières du lac Ontario (automne – printemps)
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